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L'équation de 198 : anatomie d'une majorité en trois semaines

97 sièges pour le PAM, 198 pour gouverner : comment la coalition PAM–Istiqlal–USFP–PPS a été assemblée en trois semaines, a passé son premier test à 204 voix contre 127, et pourquoi l'arithmétique de la Chambre n'offrait presque aucune autre sortie.

Yassine El AmraniPublié le 24 octobre 20266 min read
Le bâtiment du Parlement marocain à Rabat, siège de la Chambre des représentants
Fernando Pascullo · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le 23 septembre 2026, les Marocains ont élu les 395 membres de la Chambre des représentants. Le verdict est tombé sans ambiguïté : aucun parti ne gouvernera seul. Avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête — mais il lui manque 101 sièges pour atteindre la majorité absolue de 198. C'est l'équation de 198, et sa résolution a pris trois semaines.

Les résultats définitifs, proclamés le 25 septembre, donnent la mesure du paysage : 9 738 526 suffrages exprimés, quatorze partis représentés, et un premier parti qui ne pèse que 21,7 % des voix.

Un chambre fragmentée, une règle simple

La règle du jeu est arithmétique : 198 sièges sur 395, soit la moitié plus un. Autour de cette ligne, le paysage de rentrée ressemble à un archipel.

Parti% des voixSiègesÉcart à 198
PAM21,7 %97−101
Istiqlal (PI)15,5 %65−133
RNI14,0 %66−132
PJD14,6 %54−144
MP7,2 %29−169
USFP6,8 %26−172
PPS5,0 %19−179
UC4,6 %17−181
MDS3,6 %8−190
FGD2,8 %8−190
Autres (FFD, PE, ND, PUD)2,2 %6−192
Total100 %395—

Détail révélateur : l'Istiqlal arrive deuxième en voix (15,5 %) mais troisième en sièges (65), dépassé par le RNI (66) avec davantage de suffrages — l'effet du découpage des circonscriptions. Et la victoire du PAM a été construite, non héritée : le parti est passé de 87 sièges en 2021 à 97 cette année, porté notamment par le recrutement très médiatisé de Fouzi Lekjaa, le patron de la fédération de football devenu ministre des Finances.

Aucun duo de tête ne suffit, et l'addition des oppositions ne sert pas non plus : RNI + Istiqlal + PJD = 185 sièges, toujours sous la barre. Sans le PAM, il fallait au moins cinq partis pour gouverner.

Le choix finalement retenu

Le 12 octobre, quatre partis annoncent un accord de majorité : PAM (97), Istiqlal (65), USFP (26) et PPS (19). Total : 207 sièges, soit neuf de plus que le seuil.

Une coalition quadripartite, 207 sièges, neuf d'avance : suffisamment solide pour voter, suffisamment étroite pour que chaque partenaire compte.

Le partage des dépouilles a suivi l'arithmétique. Sur les postes du gouvernement, le PAM en a pris dix, l'Istiqlal six, l'USFP cinq, le PPS trois — sept portefeuilles revenant à des figures sans étiquette. Le gouvernement assermenté le 16 octobre porte la trace de cet équilibre : Lekjaa à l'Économie et Finances pour le PAM, Nizar Baraka à l'Équipement pour l'Istiqlal, le dirigeant du PPS Nabil Benabdallah au gouvernement, tandis que les ministères « souverains » — Bourita aux Affaires étrangères, Laftit à l'Intérieur — restent au-dessus de la mêlée partisane.

Les combinaisons chiffrées

CombinaisonTotalStatut
PAM + Istiqlal + USFP + PPS207✅ Majorité formée
PAM + RNI + Istiqlal228❌ Négociation close
PAM + RNI + PI + MP257❌ Évoquée, non retenue
PAM + RNI163❌ Sous la barre
PAM + Istiqlal162❌ Sous la barre
RNI + Istiqlal + PJD185❌ Sans le PAM, insuffisant

Lisez ce tableau deux fois : même l'opposition la plus large des trois grands perdants plafonne à 185. L'équation de 198 avait le PAM pour variable obligatoire.

Les combinaisons qui n'ont pas eu lieu

L'histoire retient surtout les majorités qui ne se font pas. Trois scénarios ont sérieusement existé :

  1. La reconduction PAM–RNI–PI (228 sièges) — la solution de facilité, écartée lorsque les discussions sur le partage des responsabilités n'ont pas abouti avec le RNI.
  2. L'ouverture au PJD — le parti de Abdelilah Benkirane, fort de son rebond (13 → 54 sièges), a décliné toute participation, préférant une opposition de principe.
  3. La grande alliance PAM–RNI–PI–MP (257 sièges) — évoquée un temps, elle aurait marginalisé la gauche et fait basculer la chambre à droite.

Le RNI, lui, s'est installé dans le rôle de critique en chef — dénonçant le nouveau cabinet comme « le gouvernement Akhannouch déguisé », une formule taillée pour la campagne à venir. Vous pouvez rejouer toutes ces combinaisons vous-même dans le simulateur de coalition.

Le test du 22 octobre : 204 contre 127

Former une majorité est une chose ; la tenir sur un vote nominatif en est une autre. En application de l'article 88 de la Constitution, le gouvernement devait présenter son programme devant les deux chambres puis obtenir la majorité absolue en bas.

Résultat, le 22 octobre : 204 voix pour, 127 contre, sur 331 suffrages exprimés (395 députés). Le gouvernement a franchi son premier seuil constitutionnel avec de la marge — mais les chiffres méritent une seconde lecture :

  • 204 sur 207 : au moins trois députés de la coalition ont manqué à l'appel ou ont rompu les rangs dès le premier jour — la marge de neuf s'effrite déjà par les bords.
  • 127 contre : l'opposition a voté proche de son poids complet (RNI 66 + PJD 54 = 120, plus des alliés), preuve qu'elle sait mobiliser en bloc.
  • 64 absents ou abstentionnistes : plus d'un député sur six est resté chez lui — le centre diffus de la Chambre que les deux camps courtiseront vote après vote.

Ce que 207 veut dire pour la législature

Neuf sièges d'avance, c'est peu — et le vote de confiance vient de le prouver. Trois conséquences à attendre :

  • Chaque député compte. Une fronde d'une dizaine d'élus suffit à faire tomber un texte — le 204–127 a montré que la dérive commence à trois.
  • La discipline partisane devient l'enjeu n°1. Les quatre partis devront voter ensemble sur les textes clés — y compris quand leurs bases divergent.
  • Les enjeux sont datés. Cette législature supervise la ligne droite des préparatifs de la Coupe du monde 2030 — un programme de 20 milliards de dollars co-organisé avec le Portugal et l'Espagne qu'aucune majorité ne peut se permettre de bousculer.

L'équation de 198 a trouvé sa solution le 12 octobre ; son premier test à l'épreuve a été passé le 22 octobre. La vraie inconnue demeure : combien de temps 207 tiendront ensemble — désormais compté vote après vote.

Mis à jour le 27 octobre 2026

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Questions fréquentes

Pourquoi la majorité absolue est-elle de 198 sièges ?

La Chambre des représentants compte 395 sièges. La majorité absolue — la moitié plus un — s'établit donc à 198 sièges. C'est le seuil pour voter les lois ordinaires sans dépendre de l'opposition.

Pourquoi la coalition retenue fait 207 sièges et non 228 ?

Le trio sortant PAM–RNI–Istiqlal totalisait 228 sièges sur le papier, mais les discussions sur le partage des responsabilités n'ont pas abouti avec le RNI. Le quatuor PAM–Istiqlal–USFP–PPS (207 sièges) a été préféré : politiquement plus cohérent, avec neuf sièges d'avance sur le seuil.

Le gouvernement a-t-il obtenu la confiance ?

Oui. Le 22 octobre 2026, en application de l'article 88 de la Constitution, la Chambre des représentants a adopté le programme du gouvernement avec 204 voix pour et 127 contre (331 suffrages exprimés) — l'investiture est complète.

L'opposition peut-elle renverser le gouvernement ?

Théoriquement oui, via une motion de censure qui exige une majorité qualifiée. Mais le RNI (66), le PJD (54) et leurs alliés potentiels représentent environ 185 sièges à eux trois — moins que la moitié de la Chambre. Renverser exigeait des défections dans la majorité.