
De 125 sièges à 13, puis de 13 à 54 : aucune formation marocaine n'a connu un cycle aussi brutal que le Parti de la justice et du développement (PJD). Les législatives de 2026 consacrent un retour que peu prédisaient — un demi-retour, en réalité, dont la fiche complète du parti donne les clés.
La série complète
| Année | Sièges | Trajectoire |
|---|---|---|
| 2002 | 42 | Entrée remarquée |
| 2007 | 46 | Progression lente |
| 2011 | 107 | Victoire historique |
| 2016 | 125 | Record absolu |
| 2021 | 13 | Effondrement |
| 2026 | 54 | Retour |
En 2026, le PJD a recueilli 1 426 346 voix, soit 14,6 % — le troisième score national derrière le PAM (21,7 %) et l'Istiqlal (15,5 %), et devant le RNI (14,0 %). Une base électorale qui, même au fond du gouffre de 2021, n'avait jamais disparu.
Pourquoi la chute de 2021
L'effondrement n'a pas eu une cause mais trois. D'abord, la fatigue du pouvoir : dix ans de gouvernement (2011-2021), deux chefs (Benkirane, puis El Othmani), et l'usure classique du parti qui gouverne dans un système où la crédibilité se mesure aux réalisations. Ensuite, les ruptures de coalition — le divorce avec le PAM en 2013, puis l'isolement croissant au fil des remaniements. Enfin, la démobilisation de l'électorat urbain : le vote PJD était un vote de participation, et ses électeurs ont puni en restant chez eux.
En 2021, le PJD n'a pas été battu : il a été abandonné. Son électorat n'a pas voté contre lui — il n'a tout simplement pas voté.
Ce qui a été reconstruit
Le rebond de 2026 tient en trois lignes de force. La première : le retour de Benkirane en tête de pédale, dont le capital personnel a resocialisé l'électorat déçu. La deuxième : le socle des grandes métropoles. Le PJD arrive deuxième à Casablanca-Settat (14 sièges, à un du PAM) et à Rabat-Salé-Kénitra (8), troisième à Marrakech-Safi (8) — exactement là où il gouvernait des grandes villes il y a dix ans. La troisième : les listes régionales, qui lui rapportent 10 sièges et compensent les circonscriptions rurales où il reste marginal.
La géographie du retour dit tout : le PJD 2026 est redevenu ce qu'il n'aurait jamais cessé d'être — le parti des circonscriptions denses et populaires des grandes agglomérations. La carte complète est sur la page des résultats.
Le choix de l'opposition
C'est ici que le retour devient stratégie. Le 1er octobre, dès la première série de consultations, Abdelilah Benkirane décline : pas de participation, pas de gouvernement avec le PAM. Le parti qui a passé dix ans à gouverner choisit l'opposition — et la choisit seul, quand le RNI négociait encore.
Le calcul est lisible. Avec 54 sièges, entrer au gouvernement n'aurait apporté que quelques portefeuilles et le partage de la responsabilité budgétaire. En opposition, le PJD conserve son identité, teste la coalition quadripartite à chaque vote, et se positionne comme l'alternative crédible pour la prochaine législature. L'arithmétique lui donne raison : RNI (66) + PJD (54) = 120 voix, et près de 185 avec les petits partis — l'équation de 198 que la coalition ne peut ignorer à chaque texte sensible.
Ce que 54 sièges achètent
Trois choses, concrètement :
- Un pouvoir de blocage ciblé. Sur les lois organiques et les textes à majorité renforcée, une vingtaine de voix suffisent à faire la différence — le PJD les a dix fois.
- Une tribune. Présidences de commissions, questions orales, débats budgétaires : l'opposition de 2026 est la plus puissante que la Chambre ait connue depuis deux décennies.
- Du temps. À mi-chemin entre l'effondrement et le record, le PJD s'est offert ce que la chute de 2021 lui avait retiré : le droit de dire « la prochaine fois ».
Vous pouvez mesurer ce que pèse le PJD dans chaque combinaison possible dans le simulateur de coalition.
Mis à jour le 27 octobre 2026
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Questions fréquentes
Pourquoi le PJD s'est-il effondré en 2021 ?
Après dix ans au gouvernement (2011-2021), le parti a payé la fatigue du pouvoir, les ruptures de coalition (avec le PAM en 2013), et l'usure de son électorat urbain : de 125 sièges en 2016, il est tombé à 13 en 2021 — la plus grande chute de l'histoire parlementaire marocaine.
Le PJD a-t-il pu rejoindre le gouvernement en 2026 ?
Non — et surtout, il ne l'a pas voulu. Dès le 1er octobre, Abdelilah Benkirane a décliné l'invitation aux consultations, choisissant une opposition de principe plutôt qu'un partage du pouvoir avec le PAM.
Que peut faire une opposition de 54 sièges ?
Beaucoup : avec le RNI (66 sièges) et leurs alliés, l'opposition dépasse 185 voix. Elle peut bloquer les lois organiques, imposer les commissions d'enquête et structurer le débat — sans pouvoir renverser le gouvernement tant que la coalition tient ses 207 sièges.